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 La première rencontre avec la bête

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Vindi
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MessageSujet: La première rencontre avec la bête   Ven 7 Aoû - 21:25

RP réalisé pour un concours RP sur le forum, il s'agit de ma première rencontre avec l'esprit de la bête.
Suite à venir.



Comme si c'était hier. Comme si c'était demain. Il est venu. Il reviendra.


Cela s’est passé il y a quelques temps déjà, je ne puis en dire plus. Mais je me souviens parfaitement que c’était un soir d’automne, de légers voiles de brouillard flottaient au dessus des eaux fangeuses des marécages de Far où je me trouvais. Les arbres avaient quitté leur parure estivale, et les amas de feuilles et branches mortes échouées, se mêlant à la tourbe, laissaient échapper des effluves de putréfaction insoutenables.

Quel dessein futile avait bien pu me mener jusque là ? Je ne saurai m'en souvenir. Quoiqu’il en soit, cherchant mon chemin dans la pénombre, je m’enfonçais dans une forêt d’arbres décharnés. J'avançais d’un bon pas dans ce labyrinthe silencieux d'écorces lorsque j’entendis un craquement, ou peut-être un grincement. Ce fut discret, presque imperceptible, et pourtant, si énigmatique que j'en restais figée, laissant la moindre oscillation de l'air pénétrer mes sens, attendant un nouveau signe de ce qui pouvait être une présence ennemie. Mais rien ne se manifesta. Après plusieurs secondes cependant, j’en fus persuadée, je n’étais pas seule : homme ou bête, il y avait quelque chose là, juste au Nord. Je percevais une présence, non pas de manière sensible, mais un fort pressentiment m’assurait de la réalité de ma pensée.
Je pris une flèche à mon carquois afin de me tenir prête, puis, à petits pas feutrés, je suivis la voie dictée par mon intuition. Pas un bruit, pas un souffle. La nuit envahissait les lieux désormais, et l'on ne voyait plus qu’à quelques mètres, continuer aurait été prendre un risque inconsidéré. Sans doute l'atmosphère fantomatique des lieux avait-elle troublé ma raison. Je renonçais donc à la traque et revenais sur mes pas, mais je fus cette fois convaincue d’une chose…à défaut d’avoir trouvé la présence j’avais réussi à me perdre. Et le froid qui commençait à se faire piquant. Et ces arbres qui se ressemblaient tous. Je tournais en rond un bon moment, essayant tant bien que mal de me réchauffer en frottant mes bras contre mon corps. C'est à moment là que j’entendis un tout petit bruit qui aurait pu être innocent dans d’autres circonstances, mais qui me fit bondir de terreur ! Un miaulement.

Grrr, un matou ! J’étais prête à l’écharper tellement j’étais vexée de m’être perdue pour un sale matou. J’avançais en direction du miaulement, à grandes enjambées, sans voir où je mettais les pieds et il fallut que je me prenne dans un branchage et m’écroule sur le chemin détrempé. Cette fois, j’étais énervée, gelée, et couverte de boue. Grommelant, frappant le sol de mes poings, je finissais par me relever. Dans cet état d’excitation, je ne m’attendais pas à la rencontre que j’allais faire, sans doute la plus troublante et terrifiante que je n’ai jamais vécu, et qui me hante encore aujourd'hui.

Face à moi, au bout du chemin, alors que la nuit était maintenant totalement noire, j’aperçus deux petits points lumineux rouge sang, fixes, hypnotisants, comme des yeux brillants qui me scrutaient sans bouger. Je fus saisie, et subjuguée…il s’agissait bien de la présence que j’avais ressentie, et surtout, c’était absolument incroyable. J’avais envie de fuir cette abomination, mais aussi de savoir de quoi il s’agissait réellement. La curiosité l’emporta sur la peur, et je m’approchais lentement, retenant ma respiration, une main vers l’avant, comme si l’étrange chose que j’avais face à moi était un fauve que je cherchais à apprivoiser.
Très vite, je compris que ces points pourpres formaient bien un regard, et que ce regard n'appartenait non pas à un être vivant, mais à une statue de pierre à l’effigie d’un chat. La petite sculpture était posée à même le sol au pied d’un arbre centenaire, et quelques lichens grimpaient sur ses pattes et son dos. J’avais entendu dire que tout près des marécages de Far se trouvait un vieux cimetière oublié, orné de majestueuses pierres tombales. Cette statue de chat déposée là depuis des années devait évoquer la présence des restes d’un animal chéri de ses maîtres. La finesse de l'ouvrage était remarquable : la pierre utilisée, parfaitement lisse et noire, m’était inconnue, et quand aux yeux, il s’agissait sans doute de rubis éclatants même si je n'aurais pu le certifier. Ils flamboyaient, illuminant la nuit, comme si des rayons de soleil y avaient été piégés. Cela donnait à ce chat une force vitale exceptionnelle, d’autant plus que la mousse qui le couvrait pour partie semblait former une épaisse fourrure.

C’est à ce moment là que les calamités s’abattirent sur moi. Le regard précieux me transperçait, je ne parvenais à m’en détacher, j’étais éblouie, ensorcelée, je ne pouvais pas m’en détacher, mais la morsure du froid ne m’avait pas quittée. Je ne pouvais m’attarder plus longtemps, et…je ne voudrais pas que vous me preniez pour l’un de ces pilleurs de tombes, mais alors que je m’apprêtais à rebrousser chemin les yeux se détachèrent de la statue et tombèrent au sol, à mes pieds. Je les ramassais, les examinais. C’était étonnant, il ne semblait pas y avoir de système d’attache, les pierres avaient tenu pendant des années comme par…comme par magie. Les yeux au creux de mes mains n’avaient cependant pas perdu de leur éclat, et resserrant mes doigts sur eux, je repris le chemin tortueux qui m’avait mené jusque là. Je fis quelques pas, juste quelques pas, j’ouvris ma main. Le regard étaient toujours aussi présent. C’était tellement étrange, et beau, et invraisemblable...mais ça ne me ressemblait tellement peu de prendre ainsi ce qui ne m’appartenait pas. Je voulus les remettre à leur place, je le jure, et je fis donc volte face mais là, une horrible vision m'envahit…le regard que je tenais dans ma main, le regard que je serrais contre moi, ce regard, il était toujours là où je l’avais vu, au pied de l’arbre. Il me fixait invariablement, il me dévisageait, me dévorait, il me disait que je venais de faire la plus stupide erreur de toute ma vie.

Tout mon corps se mit à trembler, mes dents s’entrechoquaient, mes genoux aussi. J’aurais voulu laisser tomber les rubis que je tenais, mais je n’avais pas eu conscience d'avoir plongé ma main dans ma besace, et c’est là, qu’ouvrant mes doigts, je les déposais. Tout ceci se passa à une vitesse folle sans que j’eu le temps de réfléchir. Je courrais déjà, le plus vite possible, ne sachant où me réfugier pour échapper à ce regard. Où me cacher, où me terrer ? Je courais encore, et, sans comprendre comment cela fût possible, je me trouvais sur le chemin de Far. Mérulik n’est pas très éloignée si l'on connaît les raccourcis, et, soulagée à cette idée, je cessai ma fuite le temps de reprendre mon souffle quelques minutes, mais on ne m'en laissa pas le temps…après quelques secondes, un miaulement rauque et déchirant se fit entendre, tout proche, un grondement féroce qui semblait me jeter quelque maléfice. Je tressaillis, puis je glissai. Le miaulement s’approchant me disait maintenant que mon larcin ne resterait pas impuni, et que mon supplice serait d’être défigurée à mon tour. A terre, pétrifiée par la terreur, je me recroquevillais comme un petit animal abattu en me couvrant le visage. Alors, un coup violent me fouetta l’épaule, et m'arracha un cri désespéré. Le choc subit fut si puissant que je fus projetée en avant, ce qui me permit de me redresser. Ma cavale ne prit pas fin avant que j’entre dans l’auberge de Mérulik.

Pas une âme ne croisa ma route au milieu de cette nuit de ténèbres. Ma seule crainte était qu’il ne reste pas de place pour moi et que je sois condamnée. Je frappais à la porte avec insistance, de toutes mes forces, hurlant après l’aubergiste. Il arriva nonchalamment, à moitié endormi. Je le suppliais de me donner au plus vite un lit, n’importe lequel. Il se mit à ricaner en me rétorquant que pour une fois je n’en réclamais pas un propre. Puis il ajouta que j’avais de la chance, qu’il restait toute une chambre, avant d’ajouter : « Y a pas un chat ce soir ». Mon visage se liquéfia. « Hé bé alors, demoiselle, vous en faites une tête, vous êtes pas belle à voir, faudrait pas que la fête des morts vous mette dans un tel état ! ». Cette fois, mon visage se désagrégea. « La ffff.., la fête des morts ? » bredouillais-je alors. L’aubergiste m’observa de la tête aux pieds : « Vous devez pas être née de par ici, j’aurais parié le contraire pourtant. C’est une fête très très…». Je le stoppais net, je n’avais vraiment pas envie d’en savoir plus. Il me montra la chambre et je m’y enfermais…autant que possible. Pour bloquer la porte je poussais un lit en travers, et même un deuxième.
Encore tremblante, j’ôtais mes vêtements trempés de boue et de sueur. Ma tunique était déchirée à l’épaule, exactement là où le coup que j’avais senti avait été porté. Sur ma peau se dessinaient quatre griffures profondes. La marque était formelle, il aurait pu s’agir d’un tour de mon imagination, mais non, la statue me poursuivait bel et bien, et elle était capable d’infliger des blessures. Je pris le lit le plus éloigné de la porte et me camouflais sous les couvertures. Mes tremblements ne cessaient pas, elle allait revenir, c’était certain. Je ne pouvais qu’attendre que la nuit passe, en espérant que le jour venu la foule de Mérulik lui interdirait de se montrer, ce genre d’apparition ne se fait connaître que de sa victime, c’est bien connu. Combien de temps restait-t-il jusqu’à ce que le jour se lève ? Quatre, cinq heures ? Le chat avait tout le temps de se venger, c’est évident. Mais il ne pourrait pas entrer, non, les statues n’ouvrent pas les portes condamnées. Impossible. Mais les statues ne bougent pas non plus…
Aucune pensée ne pouvait me rassurer, seule la lueur douce de la bougie qui illuminait la chambre me donnait un petit espoir d’éloigner cette force maléfique. Mais la mèche se consumait vite, étrangement vite, atrocement vite, et alors que le dernier brin de lumière éclairait la pièce et que seuls mes yeux dépassaient de ma cachette, l’ombre du chat se dessina. Un feulement emplit la chambre obscure.
Tel une apparition fantomatique, il était entré.

Grincement du plancher vétuste, battement des pas lourds, crissement des griffes…halètements, frissons, étourdissements. Mes dernières forces me quittent, mon corps s’affaisse. Seules mes paupières répondent encore, résolument closes, elles ne se résignent pas, elles ne se laisseront pas faire, elles protègeront jusqu’au bout leur trésor.
Terrassée, je n’en suis pas pour autant insensible. Chaque murmure de l’air se fait pressant, insupportable. Chaque pas qui s’approche est une nouvelle torture. Impitoyable miaulement rauque, il est tout près, tellement près. Je sens désormais ses pattes pesantes sur mon lit, ses griffes s’enfoncent et lacèrent le matelas. Une foulée de plus. Il est auprès de ma tête, miaule doucement, et de ses griffes semble peigner mes longs cheveux échappés des couvertures. Mes paupières cèdent à cet appel et s’ouvrent. Face à moi, deux filets rouges évaporés laissent dans le noir le souvenir sanguinolent du passage du chat. Il s’est éloigné, et semble grimper sur quelque armoire où j’avais laissé mes affaires. Il se retourne une dernière fois, son regard retrouvé, plus ardent et incisif que jamais, jusqu’à disparition dans un ultime miaulement à pourfendre le Courage lui-même.

---

Comme si c'était hier. Comme si c'était demain. Il est venu. Il reviendra.


Mille fois la scène s'est rejouée dans ma tête, mille fois j'ai cherché à comprendre ce qu'il s'était réellement passé. Et une conclusion s'impose à moi. Ce chat, je veux dire le chat du temps où il était encore en ce monde, ce chat et moi, un lien nous unit. Vous allez surement penser que la folie me guette, mais...c'est de plus en plus évident. Pourquoi m'aurait-il épargné ? Pourquoi cette caresse et non un ultime coup de griffe ? Peut-être que dans les tous derniers instants il a reconnu en moi...je ne sais pas. La seule chose que je puis affirmer à cet instant, c'est que les cicatrices de notre rencontre se sont réouvertes il y a quelques jours, pendant la fête des morts.

Tôt ou tard, il reviendra.




à suivre...
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